Vers de premiers (vrais) passages à niveau ?

Depuis le milieu de matinée, la flotte du 3e Trophée Banque Populaire Grand Ouest doit composer avec des courants contraires soutenus, particulièrement marqués en cette période de forts coefficients de marée. Les duos naviguent au près et jouent au ras des cailloux pour en limiter l’impact, avec un léger avantage pour Gaston Morvan et Benjamin Ferré (SLB Pharma), qui mènent pour l’heure d’un souffle devant Jérémie Beyou et Paul Morvan. Impossible de dérouler : il faut virer, ajuster le tir en permanence pour rester dans le match. La navigation devient engagée, physique, sans véritable répit, où chaque placement compte. Mais cette longue phase de résistance touche à sa fin. Dans les heures à venir, deux moments-clés pourraient toutefois faire évoluer la course : le passage d’Anvers en milieu de nuit, puis surtout le retour aux Héaux de Bréhat demain aux premières lueurs du jour. Deux passages à niveau en ligne de mire, dans une flotte toujours très compacte.

Rester au contact, sans marge

Depuis plusieurs heures, il ne s’agit plus d’imposer son tempo, mais de ne pas décrocher. La flotte longe la côte nord bretonne pour limiter l’impact du courant, au prix d’une navigation sous tension. « Les duos vont continuer de jouer à rase-cailloux, non sans prise de risque, jusqu’aux environs de 16-17 heures, avant de s’éloigner un peu de la côte, avec un courant plus favorable mais moins d’options pour l’exploiter », résume Yann Eliès, directeur de course. Dans ce contexte, tout se joue à peu de chose (les douze premiers se tiennent en moins d’un mille). Une manœuvre mal réalisée, un placement légèrement décalé, et les mètres s’envolent. « On y pense quasiment en permanence », confirme Erica Lush (Hope). « Le courant dicte le rythme, avec en plus des effets locaux qui obligent à ajuster sans cesse. » À bord d’Elitys, Victor Mathieu et Ulysse David naviguent, eux, un peu à l’aveugle. Privés de données fiables après la défaillance du câble reliant la girouette à la centrale, ils doivent tout faire aux sensations. « C’est un handicap, mais on s’accroche », a expliqué le skipper suresnois. Un exercice délicat dans un registre où la précision est déterminante. Et ce n’est pas terminé. En s’éloignant progressivement de la côte, le jeu va changer sans vraiment se simplifier. Plus au large, les marins vont en effet devoir composer avec une légère bascule de vent, tout en négociant la zone interdite du parc éolien de Saint-Brieuc qui va contraindre les trajectoires et imposer des choix : un passage technique, où il faudra, une nouvelle fois, trancher sans se tromper.

 

Changement de tempo en vue

La suite s’écrira en plusieurs temps. En fin de journée, les duos rejoindront Les Minquiers, avant de glisser vers la Cardinale “Anvers”, à l’est de Chausey, en milieu de nuit. Un premier point de passage, où un léger tri pourrait déjà s’opérer. « Le courant pourrait alors jouer un vrai rôle de juge de paix », explique Yann Eliès, qui prévient : certains en profiteront quand d’autres le subiront. Une fois la marque dans le sillage, le rythme changera nettement. La flotte basculera au portant, avec davantage de vitesse et des trajectoires plus directes. Le rapport de force évoluera de facto. Mais le moment le plus structurant pourrait intervenir dans la foulée. Au petit matin, à l’approche des Héaux de Bréhat, le vent est prévu de se renforcer tandis que le courant s’inversera à nouveau. Un enchaînement qui pourrait créer un véritable passage à niveau : les premiers en profiteront pour s’échapper, quand les autres risquent encore de buter. Jusqu’ici, il fallait tenir. Dans les heures à venir, il faudra transformer. À noter enfin qu’Ivica Kostelic et Deniz Bagci (Amelicor), contraints à l’abandon plus tôt dans la journée après avoir endommagé leur bout-dehors à la suite d’une collision avec un objet non identifié, font actuellement route vers Concarneau.

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