Un bord « de sanglier » qui redistribue les cartes

Après le passage des Glénan en milieu de nuit dernière, le Trophée Banque Populaire Grand Ouest a basculé dans une séquence aussi rapide qu’exigeante. Dans un vent établi entre 30 et 35 nœuds et une mer courte, les duos ont enchaîné une journée engagée sur un long bord de travers en direction du waypoint Banque Populaire Grand Ouest, à 80 milles au large d’Arcachon, débordé par les premiers aux alentours de 16h30 ce mardi. Une portion de « sanglier », comme disent les marins, qui a mis à rude épreuve les organismes comme le matériel, dans une flotte déjà éprouvée par trois jours de course intenses. Et la suite s’annonce tout aussi copieuse, avec un épisode orageux attendu dans la soirée.

Un bord musclé, entre vitesse et sorties de pistes

Dès la sortie des Glénan, le ton a été donné. Le vent a pris des tours, installant une longue phase rapide mais particulièrement exigeante. « C’est un bord de travers assez direct, avec beaucoup d’air. Ça va vite, mais ça sollicite énormément les bateaux », a confirmé le directeur de course, Yann Eliès. Dans ces conditions, les Figaro Beneteau 3 ont littéralement déboulé, parfois à plus de 15 nœuds de moyenne, au prix d’un engagement permanent à la barre. À bord, la réalité s’est révélée plus brute. « On a un bon 30-35 nœuds, une mer courte… c’est sportif », a raconté Eliaz Morineau (Demain sans HPV) dans une vidéo. « Le but du jeu, c’est surtout de ne rien casser. » Même tonalité chez Arthur Meurisse (Kiloutou) : “C’est copieux… Le bateau se cabre, retombe et fait des pointes à 20 nœuds. Il faut barrer en permanence”. Dans ce registre, chaque mille se joue à l’engagement, mais aussi à la lucidité, un peu comme sur un fil où il faut avancer vite sans jamais perdre l’équilibre.

 

Une course qui se durcit, des abandons marquants

Cette séquence particulièrement engagée a laissé des traces dans la flotte. Les abandons se sont multipliés, portant à huit le nombre de duos hors course, et touchant plusieurs équipages en vue. Gaston Morvan et Benjamin Ferré (SLB Pharma), grands animateurs de la première moitié de l’épreuve, ont ainsi dû jeter l’éponge après avoir explosé leur gennaker, avant d’enchaîner les soucis techniques. Victor Mathieu et Ulysse David (Elitys) ont eux aussi renoncé, pénalisés par une voile d’avant endommagée, des problèmes d’aérien survenus très tôt dans la course et un safran bloqué, tandis que Joss Creswell et Cole Brauer (digiLab) ont été contraints d’abandonner après un dysfonctionnement de leur système de foil. Jérémie Beyou et Paul Morvan (Beyou Racing) ont, de leur côté, talonné avant de devoir, plus tard, utiliser le moteur pour réussir à s’extraire d’un dispositif de pêche, mettant fin à leur régate, alors que Oakley Marsh et Corentin Lerouge (Southern X Racing) ont renoncé à la suite de divers problèmes techniques. Plus tôt, Erica Lush et Mac Manion (Hope) avaient déjà quitté la course après avoir accroché le fond au large de la pointe du Raz, puis cassé leur spi et leur grand-voile. Même les leaders n’ont pas été épargnés. À bord de PRB, Nicolas Lunven et Tom Goron ont vu leur voile d’avant se déchirer en deux en fin de matinée. « Sous foc, forcément ça va moins vite », a concédé le Morbihannais, double vainqueur de la Solitaire du Figaro. Malgré cet incident, le duo a viré en tête le waypoint aux alentours de 16h30. Paul Cousin et Alexis Loison (Région Normandie), puis Alexis Thomas et Pablo Santurde (Wings of the Ocean), revenus au contact à la faveur de cette ouverture, devraient leur emboîter le pas dans l’heure.

 

Orages en approche, vigilance maximale

La suite ne s’annonce pas plus simple. Après ce bord engagé, la flotte doit désormais remonter au près vers l’île de Ré, dans un vent toujours soutenu. Et surtout composer avec un épisode orageux attendu dans la soirée. « Une dépression active remonte d’Espagne. Ils vont la prendre à partir de 21h, avec des conditions instables et difficiles à anticiper », explique Yann Eliès. Rafales, bascules, grains : un cocktail incertain qui pourrait encore redistribuer les cartes. Dans ce contexte, préserver le matériel redevient central. « Le Trophée Banque Populaire Grand Ouest est aussi une course par élimination. Il faut rester vigilant jusqu’au bout », résume Eliaz Morineau. Après trois jours de mer et une séquence déjà très éprouvante, la fatigue s’est installée à bord comme un équipier de plus dont on se passerait bien. Et si les premiers sont attendus à hauteur de l’île de Ré demain à la mi-journée, rien n’est encore joué. Entre vitesse, gestion et résistance, la course se poursuit à haute intensité.

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