Passage fluide au Raz de Sein, bataille serrée en Manche

Lancée hier en milieu d’après-midi de la baie de La Forêt, la 3e édition du Trophée Banque Populaire Grand Ouest a offert à ses 35 duos une entrée en matière presque idéale. Soleil franc, vent modéré : de quoi se mettre en jambes tranquillement et prendre ses marques avant que le jeu ne se resserre. Car derrière cette entame en douceur, le parcours n’a pas tardé à rappeler sa nature exigeante. Entre transitions, effets de côte et jeux de courant, la flotte a rapidement dû composer, ajuster, et déjà faire des choix. Sans écart notable, mais non sans conséquence : premier abandon dès la nuit pour Ivica Kostelic et Deniz Bagci (Amelicor), contraints de renoncer après avoir heurté un objet non identifié. De quoi rappeler que, même dans des conditions maniables, le parcours ne pardonne rien.

Un Raz de Sein finalement clément

C’était l’un des premiers juges de paix du parcours. Et il a, contre toute attente, été franchi sans heurts. Attendu piégeux, le passage du Raz de Sein s’est finalement montré bien plus conciliant que prévu. « Les bateaux sont arrivés sur zone en fin de courant contraire, et derrière, ça a rapidement basculé avec eux », explique Yann Eliès, directeur de course. Résultat : des vitesses stables, autour de 7 nœuds, et surtout peu de manœuvres à enchaîner. Une configuration presque idéale, qui a permis aux marins de préserver leur énergie. « On s’attendait à ce que ça tanque un peu plus, que ça ouvre un peu le jeu, mais ils sont tous passés assez facilement », poursuit-il. Dans un secteur où le courant peut pourtant atteindre 6 à 7 nœuds, le timing s’est avéré décisif. Dans la foulée, la remontée de la mer d’Iroise s’est déroulée sans accroc majeur. Une nuit relativement paisible, donc, malgré le froid d’un flux de nord à nord-est. Mais pas totalement simple pour autant : en l’absence de lune, les repères étaient plus rares et les réglages parfois plus délicats à affiner. Chapkas et capuches bien vissées sur les têtes, mais des visages détendus. De quoi souffler… avant la suite.

 

Une flotte compacte, tout reste à faire

Ce dimanche matin, le constat est limpide : la première nuit n’a rien figé. La flotte évolue désormais en Manche, toujours au près, dans un mouchoir de poche de moins de cinq milles. En tête, le duo Ambrogio Beccaria – Thomas de Dinechin (Almond for Pure Ocean) mène la danse, mais sans parvenir à faire la différence. « Les premiers milles n’ont pas créé d’écart, les bateaux sont effectivement encore très serrés », confirme Yann Eliès. Une densité qui promet une suite animée, d’autant que les prochaines heures s’annoncent techniques. À partir du milieu de matinée ce dimanche, le courant va progressivement s’inverser pour devenir défavorable, et ce jusqu’en milieu d’après-midi, autour de 16 heures. Un paramètre clé qui va considérablement durcir le jeu. Le long de la côte de granit rose, les marins vont devoir jouer finement avec ce contre-courant, quitte à aller chercher les abris au plus près des cailloux. « Ça va tricoter sec, avec forcément de la prise de risque », résume le triple vainqueur de la Solitaire du Figaro. Un jeu d’équilibriste, où la précision prime sur la vitesse pure.

Premiers accrocs, tension intacte

Dans cette entame globalement maîtrisée, quelques faits de course sont néanmoins venus rappeler que rien n’est jamais acquis. Outre l’abandon d’Ivica Kostelic et Deniz Bagci, contraints de faire demi-tour après un choc avec un objet non identifié, le duo Kiloutou a également connu une mésaventure. « On a explosé le spi, il s’est complètement éventré », a expliqué Arthur Meurisse dans une vidéo. Pas pénalisant dans l’immédiat au près, mais un handicap potentiel pour les phases portantes à venir. « On va essayer de le réparer. On est touchés, mais certainement pas coulés. On ne lâche rien. » Dans une flotte aussi compacte, où « il y a de la matière à travailler » comme le résume Basile Gautier, chaque détail compte déjà.

 

Le jeu ne fait que commencer

Entre vent modéré et courant désormais contraire, la Bretagne Nord s’annonce comme un véritable terrain de jeu stratégique… et physique. Car les virements vont s’enchaîner et il faudra matosser sans relâche pour rester dans le coup. « Ça va se jouer à ceux qui sauront allier audace et précision », glisse Yann Eliès. Avec, en toile de fond, une évidence : dans ce type de configuration, les positions peuvent se faire… et se défaire très vite. Après une première nuit pour se caler, la course entre désormais dans le dur. Toujours groupés, toujours en jeu, les 35 duos n’ont encore rien lâché. A ce rythme-là, personne n’est à l’abri d’un coup d’avance… ou d’un coup d’arrêt.

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