Fatigue, avaries, pression : le final s’annonce brûlant

Après avoir franchi le waypoint Banque Populaire Grand Ouest hier en fin d’après-midi à l’ouest d’Arcachon, les 27 duos encore en lice dans le Trophée Banque Populaire Grand Ouest ont changé de tempo. Finies les douze heures infernales entre les Glénan et la marque virtuelle, cette longue séquence de reaching particulièrement exigeante, véritable « bord de poney » comme l’a résumé le directeur de course Yann Eliès. Dans la foulée, les marins ont enchaîné avec une remontée au près vers l’île de Ré, dans des conditions plus respirables en apparence, mais loin d’être de tout repos. Le pont charentais a été débordé aux alentours de 13 heures ce mercredi*, marquant le basculement dans le dernier acte de la course. Depuis, la flotte a mis le cap sur Concarneau sur un bord plus direct, mais plus subtil qu’il n’y paraît. L’arrivée des premiers est attendue demain, jeudi 23 avril, vers 4 heures du matin. Le sprint final est lancé.

 

Une respiration relative

Après un long bord de travers vécu en mode sous-marin, la nuit a offert un tout autre visage. La flotte a dû composer avec une cellule orageuse venue perturber sa progression. À la clé, des écarts de vitesse marqués et des effets accordéon au sein de la flotte. « Le vent faisait le yo-yo, avec des moments où on se retrouvait quasiment à l’arrêt », a raconté Jules Delpech (Colombe au Large) dans une note vocale. « On est restés scotchés dans une molle pendant un moment, avec la crainte d’être les seuls à s’arrêter pendant que d’autres continuaient d’avancer. Puis ça a fini par toucher tout le monde. » Résultat : des « arrêts buffet » sous les nuages pour certains, quand d’autres y échappaient, avant des regroupements progressifs. Un épisode instable, mais sans conséquence majeure sur la hiérarchie. À bord, tous le reconnaissent : ce passage au près a malgré tout offert une respiration bienvenue. « L’idée a été de recharger un peu les batteries : celles du bateau comme les nôtres », a glissé Jules Delpech. Même constat pour Alexis Thomas (Wings of the Ocean), qui a évoqué des quarts rallongés dans une vidéo : « On est passés à des rotations de deux heures, alors qu’on tournait toutes les heures sur le bord de travers. » Un répit tout relatif, toutefois. Le bateau tapait, gîtait. Mais après des heures à encaisser paquets de mer et gerbes d’eau en pleine figure, parfois à barrer avec un masque de plongée, cette portion avec le vent dans le nez a presque été accueillie comme un soulagement. De quoi prendre la mesure de ce qu’ils venaient d’encaisser.

 

Un final plus ouvert qu’il n’y paraît

Depuis le passage de l’île de Ré, la flotte s’est engagée sur le dernier bord en direction de Concarneau. Sur le papier, un long bord presque tout droit. Dans les faits, un exercice bien plus délicat. « Il n’y aura pas d’empannage, mais le vent ne sera pas linéaire », prévient le directeur de course Yann Eliès. « Il va forcir puis retomber, avec des variations sensibles jusqu’à la fin. À la clé : des choix de voiles et des micro-ajustements permanents. » Avec un vent oscillant entre 15 et 25 nœuds et un angle assez serré, les marins vont devoir jongler entre spi et gennaker. Et c’est là que la course pourrait basculer. « Ceux qui ont encore toutes leurs voiles en bon état vont passer à la caisse. Ce sont eux qui feront la différence », glisse Yann Eliès. Beaucoup de duos ont laissé des plumes sur le grand bord précédent : voiles d’avant hors d’usage, problèmes d’aérien… Autant de handicaps qui pourraient peser lourd dans cette ultime portion et creuser des écarts dans une fin de course aussi rapide que tendue.

 

Fatigue et incertitudes pour un final sous tension

Après quatre jours à haute intensité, les organismes sont entamés, les bateaux aussi. Dans ce contexte, rien n’est verrouillé. En tête, Nicolas Lunven et Tom Goron (PRB) tiennent toujours les commandes avec une poignée de milles d’avance, mais comme beaucoup dans la flotte, ils abordent ce dernier bord avec des armes émoussées, privés de leur gennaker. Derrière, la meute ne lâche rien. Paul Cousin et Alexis Loison (Région Normandie) restent à portée, tandis qu’Arthur Meurisse et Arno Biston (Kiloutou) ont bien recollé ces dernières heures, mais ils restent privés de spi depuis le début de la course, ce qui pourrait finir par peser dans ce final. Dans ce dernier acte tendu, entre matériel malmené et lucidité mise à l’épreuve, le moindre grain de sable peut enrayer la machine. Plus que jamais, tout reste ouvert. Le dénouement est attendu demain, jeudi, aux alentours de 4 heures du matin pour les premiers. L’ensemble de la flotte devrait être amarré aux pontons de Concarneau avant 15h00.

 

*Passage au pont de l’île de Ré

1- PRB (Nicolas Lunven-Tom Goron)

2- Région Normandie (Paul Cousin-Alexis Loison)

3- Kiloutou (Arthur Meurisse-Arno Biston)

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