Un final incandescent pour un trio d’exception

Ce jeudi 23 avril à 3h04, Nicolas Lunven et Tom Goron (PRB) ont coupé la ligne d’arrivée du Trophée Banque Populaire Grand Ouest, bouclant les 880 milles théoriques du parcours au terme de quatre jours et demi d’une rare intensité. Une édition exigeante, complète, engagée d’un bout à l’autre, mais qui restera surtout marquée par un long bord de reaching entre les Glénan et le waypoint Banque Populaire Grand Ouest. Douze heures à la limite, dans un vent soutenu, les bateaux poussés dans leurs retranchements, les marins constamment sur le fil, à encaisser des gerbes d’eau en pleine figure. Un passage décisif, presque un juge de paix, qui a profondément redessiné la course. À l’arrivée, le trio gagnant (sous réserve du jury) consacre trois duos qui n’ont jamais rien lâché : Nicolas Lunven – Tom Goron (PRB), Paul Cousin – Alexis Loison (Région Normandie) et Arthur Meurisse – Arno Biston (Kiloutou).

Une course tenue à la limite, du premier au dernier mille

Très vite, le ton a été donné. Peu de répit, une navigation exigeante, et une intensité rarement relâchée. En Bretagne Nord notamment, il a fallu composer avec le courant et les cailloux, avant que la course ne bascule plus au sud, sur ce long bord de travers entre les Glénan et une marque virtuelle située au large d’Arcachon. Tous en parlent comme d’un moment à part. Un passage long, dur, physique, où il fallait avancer vite… sans jamais casser. « La course a été intense du début à la fin », a résumé Nicolas Lunven (PRB) à son arrivée au ponton. « Il y a eu des moments compliqués. Sur le fameux bord de reaching, on en a vraiment bien bavé. Mais il fallait continuer à pousser. » Même constat à bord de Région Normandie. « Ce n’était pas la portion la plus stratégique de l’épreuve, mais c’est celle qui a créé les écarts. Il fallait y aller, sans trop réfléchir », a commenté Paul Cousin. À bord de Kiloutou, le souvenir est tout aussi marquant. « C’était engagé, le bateau partait en cabrioles, montait sur le foil avant de retomber violemment… », a raconté Arthur Meurisse. « Avec Arno, on s’est regardés plusieurs fois : on savait que ça pouvait casser… mais ça a tenu. »

 

Une victoire construite dans la maîtrise

Dans ce contexte, Nicolas Lunven et Tom Goron ont su faire la différence par leur régularité et leur lucidité … et leur capacité à rester justes dans les moments clés. « Ça a été une belle course, bien maîtrisée du début à la fin », a confié le Morbihannais, double vainqueur de la Solitaire du Figaro. « On avait bien préparé le bateau, bien préparé le duo, et ça a vraiment fonctionné. » Même lorsqu’il a fallu composer avec une voile de moins et des adversaires revenus à portée, le tandem a su garder le contrôle. « A un moment, Région Normandie est revenu à portée de fusil. A partir de là, il ne fallait rien lâcher. » Une gestion fine, jusque dans les derniers milles, où il a fallu composer avec un angle serré et un vent soutenu, dans un effort constant. « Par moments, le spi n’était pas la voile idéale, mais on n’avait pas d’autre option puisqu’on avait éclaté notre gennaker. On s’est accrochés jusqu’au bout. »

Derrière, une bataille sans concession

Car derrière, la pression n’a jamais cessé. Paul Cousin et Alexis Loison ont construit leur deuxième place dans l’attaque. « À un moment, il fallait arrêter de réfléchir et y aller à fond », a relaté le Normand tenant du titre de la Solitaire du Figaro Paprec. « Avec Paul, on s’est bien trouvés là-dessus, et ça a payé. » Revenus à moins d’un mille des leaders au waypoint Banque Populaire Grand Ouest, ils y ont cru jusqu’au bout. « Les gars de PRB ont très bien géré le dernier bord entre l’île de Ré et l’arrivée et méritent clairement leur victoire. » Avant de conclure avec le sourire : « On est les seuls à arriver dans la même heure : l’honneur est sauf ! (Rires) » Dans leur sillage, Arthur Meurisse et Arno Biston ont signé une remontée remarquable, malgré la perte de leur grand spi dès le début de course. « On savait que ça allait être compliqué… mais on a tenu du début à la fin », a expliqué le skipper Nordiste. « On a choisi d’attaquer, de prendre des risques, sans jamais calculer, et ça nous a permis de revenir dans le match. »

 

Un podium à l’image de la course

Au bout de quatre jours et demi d’effort, les visages sont marqués, les bateaux aussi. Mais une chose ressort : l’engagement total de tous les duos. « C’était physique, souvent à la limite », a résumé Paul Cousin. « Mais on voyait qu’on avançait, alors on continuait. » Une intensité permanente, assumée jusqu’au bout. « On a quasiment tout fait à la barre, avec très peu de repos », a confirmé Arthur Meurisse. « Mais on était portés par l’envie de revenir. » Et c’est sans doute ce qui restera de cette édition : une course disputée à haute intensité, sans véritable temps mort, où chacun a dû aller chercher loin dans ses ressources. Un podium qui en dit long.

L'info en continu
Voir plus