Du près au portant, la course change de tempo

Après une journée d’usure à tirer des bords au près dans des conditions éprouvantes, la flotte du 3e Trophée Banque Populaire Grand Ouest a changé de visage. Ce lundi, les 33 duos encore en course filent désormais au portant, enfin libérés d’une navigation hachée et physique. Une respiration bienvenue… mais aussi le début d’un autre chapitre. Car si le rythme s’apaise à bord, la course, elle, commence à se dessiner. En tête, Loïs Berrehar et Charlotte Yven (Banque Populaire) mènent la danse, dans une flotte qui s’est nettement étirée au fil de la nuit.

Du combat au près à la glisse au portant

Il y a encore quelques heures, les marins enchaînaient les virements le long des côtes nord bretonnes, dans une Manche sous tension. « On a dû en faire entre 50 et 60 », a raconté Yoann Richomme (Paprec) dans une vidéo. « Et ça caillait fort… On a pas mal souffert, mais on s’accroche au paquet de tête. » Même constat du côté de Victor Mathieu (Elitys) : « Une journée au près dans la Manche avec 102 de coefficient de marée, c’était vraiment physique. Un virement toutes les cinq minutes, avec le matossage à chaque fois et tout ce que ça implique. » À chaque manœuvre, près de 100 kilos de matériel à déplacer : une usure silencieuse mais bien réelle. Le passage de la cardinale d’Anvers au cœur de la nuit a marqué une bascule attendue. Spi envoyé, trajectoires ouvertes, les Figaro Beneteau 3 ont accéléré brutalement, déboulant même à plus de 13 nœuds pendant un temps. « Ce matin, ils vont toujours vite et même très vite », confirme Yann Eliès, directeur de course. « Le passage au portant a créé un décalage : les premiers sont partis à pleine vitesse avant les autres, ce qui a naturellement étiré la flotte. » Résultat : une hiérarchie qui commence à se dessiner. Hier soir encore, la meute se tenait en moins de neuf milles. Ce matin, elle s’étire déjà sur plus de 25.

Un tempo qui change… et une course qui s’installe

Au portant, le décor change. Le froid se fait moins mordant, les manœuvres s’espacent, et les duos peuvent enfin respirer. « Ça fait du bien », a glissé Victor Mathieu dans un message du bord. « On va pouvoir retrouver un vrai rythme. » Un basculement que confirme Yann Eliès : « Là, on entre dans une phase plus stable. Les marins peuvent s’organiser, passer sur des quarts plus longs. » Une navigation moins heurtée, plus lisible, où la vitesse pure prend le dessus. Un point clé reste toutefois à bien négocier : un empannage, autour de 9 heures, pour se replacer dans l’axe d’Ouessant, que les premiers devraient atteindre en début d’après-midi. Mais derrière cette apparente simplicité, le jeu reste exigeant. Et dans ce registre, tous ne sont pas à armes égales. Arthur Meurisse et Arno Biston (Kiloutou) en font les frais, contraints de composer sans leur grand spi après l’avoir déchiré en début de course, un handicap majeur à cette allure.

 

Sein, prochaine zone de turbulences

La suite pourrait toutefois rebattre les cartes. En fin d’après-midi, à l’approche de l’île de Sein, une zone de transition pourrait venir perturber la flotte. « Il va y avoir une vraie frontière entre vent établi et vent faible », explique Yann Eliès. « Une zone avec très peu d’air, du courant contraire… et une possibilité de regroupement. » Un passage délicat, d’autant que la zone interdite n’est jamais loin. « Il faudra éviter de se faire aspirer dedans », prévient-il. Dans ces conditions, les écarts pourraient se réduire aussi vite qu’ils se sont creusés. De quoi relancer le jeu. Les écarts, encore récents, restent exposés. À ce stade, tout peut encore bouger très vite, au gré des placements et des zones de pression. Rien n’est figé.

À noter enfin que le duo Ivica Kostelic et Deniz Bagci (Amelicor) a rejoint Concarneau dans la nuit, aux alentours de 1h30, avec une étrave sérieusement endommagée, tandis que Pierrick Letouzé et Jules Ducelier (Normandy Offshore Program), également contraints à l’abandon après un talonnage, sont arrivés à Cherbourg-en-Cotentin ce matin vers 5h30.

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